L’instant diététique

Ne pas se laisser envahir par la déprime de la situation, en se jetant sur la bouffe et l’alcool ? OK… mais comment ?

La période que nous traversons est sous de nombreux aspects très difficile à vivre. Dans ce contexte, le nombre de consultations pour troubles alimentaires augmente en même temps que les consulta­tions pour prise de poids. Il est important de rappeler que le compor­tement alimentaire d’un individu ne dépend pas de son poids mais avant tout de la physiologie (fonctionnement biologique) et de sa psychologie.

Mon premier constat est que la plupart des conseils diététiques délivrés sur les réseaux pour perdre du poids, devenir «mangécolo », transformer son corps, modifier son image, ou encore manger équilibré sont pour la plupart dangereux pour votre santé mentale et physique. Prodigués le plus souvent par des non-professionnels de santé, parfois la copine de palier, ils génèrent des envies alimentaires car la plupart de conseils sont généralistes et non individuels. Ceci entraine souvent des déficits énergétiques qui provoquent…des envies alimentaires !Ajoutez à cela quelques conseils toujours faciles pour faire du sport qui amplifieront, s’ils sont suivis, votre besoin de manger. 

Mon deuxième constat, c’est que cette crise nous a rendu « disponibles » pour manger. Elle nous a sorti de « l’indis­po­nibilité » dans laquelle nos conditions de travail nous mettaient avant la crise du Covid. Car depuis le confinement et la généralisation du télétravail, la cuisine est désormais à portée de mains.

Pourtant attention : ne nous y trompons pas. C’est lorsque vous avez faim et que vous êtes « indisponible » que l’erreur alimentaire survient. En effet, vous ne répondez pas aux besoins de votre corps. Certes, la faim s’estompe mais le corps n’en sort pas indemne et vous subirez dès le prochain repas une difficulté à vous rassasier et vous courrez le risque de vous rabattre alors sur des produits sucrés post-repas. Désormais, vous êtes plus régulièrement à la maison et la sensation de faim que vous ressentiez peut donc être comblée, puisque vous êtes disponibles. C’est une chance qu’il faut savoir saisir, mais en faisant des choix alimentaires appropriés. Attention donc aux restrictions alimentaires qui ne feraient que repousser la faim d’une heure ou deux. Une faim dans les 3 heures après le repas de la mi-journée est souvent la conséquence d’une consom­ma­tion insuf­fisante de pain ou de féculents. 

• Mon troisième constat, c’est que nous observons durant cette période une consommation d’alcool excessive. Plusieurs raisons l’expliquent : 

– la consommation d’alcool commence quand le corps est en sensation de faim : 11h30 et 18h principa­le­ment. 

– Parallèlement à cela, la fonction anxiolytique à travers la consommation d’alcools ou autres aliments permet au consommateur de rester concentré de manière dirigée. Une attention dirigée sur un autre pôle d’intérêt que sur les problèmes principaux dictés par nos missions professionnelles respectives. Malgré la surcharge actuelle de travail des professionnels de santé et compte tenu des très nombreuses sollici­tations, les équipes de soins sont toujours à l’écoute et à l’œuvre  pour vous soutenir face à cette situation exceptionnelle. Aussi, si vous êtes dans l’une de ces situations, n’ayez aucun scrupule à solliciter des aides et l’intervention de véritables professionnels de santé pour vous sortir de ce piège.

Nicolas Sahuc

Diététicien spécialisé et philosophe en éthique médicale